Maxime Hubert, Master en sciences physiques (2012) et Docteur en sciences (2018), a réalisé son rêve d’enfant : devenir scientifique. Aujourd'hui, il transmet son savoir en promouvant et en développant l’innovation au sein du Service Public de Wallonie

alumni Hubert 1
© Maxime Hubert

Pouvez-vous résumer votre parcours ?

J’ai fait mes études secondaires à Arlon, dans l’enseignement général. Ensuite, je suis venu à l’ULiège pour faire un bachelier et un master en physique. Toujours à Liège, j’ai réalisé une thèse de doctorat, toujours en physique, dans le domaine de la matière molle. J’ai beaucoup enseigné durant cette période : j’étais assistant et j’ai donné cours de physique aux étudiants en biologie, en chimie et bien sûr en physique. Après mon doctorat, j’ai déménagé à Nuremberg, en Allemagne, pour réaliser un postdoc. J’y ai étudié la biophysique des cellules épithéliales. La dernière étape de ma vie dans le milieu académique a eu lieu à Zagreb, en Croatie. Malgré l’obtention d’un poste permanent de chercheur, c’est là-bas que j’ai décidé de changer de vie. Je suis revenu en Belgique et j’ai commencé une nouvelle carrière en tant que spécialiste en innovation au Service Public de Wallonie. J’ai quand même gardé un lien avec le milieu académique, en devenant coach méthodologique en rédaction de mémoire sur mon temps libre.

Formation

Comment s’est fait le choix de votre master ?  Pourquoi poursuivre avec un doctorat ?

J’ai toujours aimé les sciences, surtout tout ce qui touchait aux étoiles et aux planètes. Étudier la physique à Liège était un choix naturel, compte tenu du paysage académique dans ce domaine en Belgique. Mais arrivé en master, choisir entre physique et astrophysique a été difficile. J’ai trouvé ma solution après quelques discussions avec divers professeurs des deux masters. Le professeur qui a été le plus sensible à mes ambitions a fait pencher la balance vers la physique statistique et la matière molle. Et j’ai donc fait mon master en physique à finalité approfondie. Finalement, l’astrophysique est restée un rêve d’enfant pour moi. 
Quant à ma thèse, dès mon entrée à l’université, ça a toujours été mon but et ce que je voulais faire après mon master. La recherche fondamentale me passionnait. 

Pourquoi avoir choisi l’Université de Liège ? 

Comme je l’expliquais avant, je suis arrivé à Liège pour l’astrophysique, compte tenu du côté prestigieux de la formation.

Avec le temps, j’ai découvert que la physique avait beaucoup plus à offrir que « juste » l’astrophysique. Je me suis aussi passionné pour la thermodynamique et la physique statistique. Alors que je laissais l’astrophysique derrière moi, je suis resté à Liège pour le côté plus expérimental que le master en physique proposait, comparé à d’autres universités belges. Je voulais couvrir tous les aspects de la recherche – théorique, numérique et expérimentale – et je suis resté.

Points forts de la formation

Les points forts de ma formation en physique reposent dans cet équilibre entre expériences et théorie qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs.

Pour ma thèse plus spécifiquement, je chéris beaucoup tout ce que j’ai appris lors de mes années à enseigner, car je m’en sers très souvent.

En résumé, je dirais que l’aspect fort transversal de la formation est ce qui, rétrospectivement, m’a le plus séduit.

Maxime Hubert


Doctorat

Comment avez-vous décroché votre bourse de recherche ?

J’ai d’abord tenté d’obtenir une bourse de doctorat au FNRS durant ma seconde année de master, bourse qui m’a été refusée. Ensuite, mon futur promoteur de thèse m’a proposé un poste d’assistant dans son laboratoire. 

Pouvez-vous nous décrire votre environnement de travail ?

Passionnant et riche, tout en étant difficile et exigeant. On étudie un sujet qui est fascinant et satisfaisant, avec énormément de liberté de mouvement. Chaque jour, on découvre quelque chose de nouveau et on rencontre de nouvelles personnes. Mais le manque de jalons et de perspective est un challenge quotidien. Après tout, on s’attaque à un problème à peine balisé et extrêmement poussé, tout en sortant tout juste de notre master. Notre promoteur est présent, bien sûr, mais la nature même d’une thèse est de développer sa propre approche à son problème. Tout ça nous met face à nous-même. Une thèse, ça vous sort de votre zone de confort.

Qu'attend-on des PhDs ?

Pour moi, ce qu’on attend d’un doctorant, c’est surtout de la résilience, de l’indépendance, de la curiosité, de l’imagination et de la volonté.  

Maxime Hubert

Profession

Comment s'est passée votre expérience à l'étranger ?

Je dirai que ce fut bigarré. Voyager, c’est découvrir d’autres cultures, d’autres traditions, d’autres difficultés, d’autres manières de faire. Quand on évolue dans le milieu académique, c’est d’une richesse sans égal. Surtout quand, comme moi, on a fait tout son parcours dans la même université. Ça offre de nouveaux points de vue. Par contre, j’étais à l’étranger en plein durant la pandémie du Covid-19. Être physiquement isolé de ses amis et de sa famille dans un pays étranger était vraiment difficile.

Quels conseils donneriez-vous à un étudiant désireux de faire carrière à l'étranger ?

Faites-le. C’est une expérience à vivre, qui n’a que du positif.

Pour quel organisme travaillez-vous actuellement et en quoi consiste votre travail ? 

Le Service Public de Wallonie, ou SPW, depuis un peu plus d’un an maintenant. En deux mots, il s’agit de l’administration de la région wallonne. Mon rôle est de promouvoir et de développer l’innovation au sein du Service Public de Wallonie.

En quelques mots, je travaille dans une équipe qui essaie de promouvoir l’utilisation de nouvelles technologies, l’expérimentation de nouvelles méthodes de travail, et la création de prototypes pour diminuer les risques de certains nouveaux projets menés au sein de l’administration. Par exemple, on accompagne les employés du SPW dans le développement de solutions innovantes, le plus souvent au travers de technologies émergentes, comme l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle. On met l’utilisateur final de la solution (par exemple, le citoyen wallon) au centre du processus de développement. Le but est d’avoir un service final qui génère une satisfaction maximale pour les agents du SPW tout en tenant compte de la multitude de besoins différents que l’on peut rencontrer au sein de la population wallonne.

Apport de votre formation 

Quels ont été les apports de votre formation dans votre vie professionnelle ? 

Innover peut être difficile. Le processus repose sur l’expérimentation et personne ne nous donne de cahier des charges pour mener le moindre projet. Le brouillard dans lequel on navigue parfois peut être déstabilisant et me rappelle souvent ma vie de chercheur. En recherche scientifique, on ne sait pas forcément si ce qu’on fait va mener à quoi que ce soit de tangible. On apprend à rebondir et on s’habitue à cet environnement instable. On change de tactique et on attaque son problème sous un autre angle.

Un autre aspect qui me sert énormément dans mon travail quotidien est le réflexe qu’on acquiert dans le milieu académique de fouiller la littérature scientifique récente. J’ai découvert, en travaillant au service public, que se tenir à jour des nouvelles avancées de son domaine n'est pas forcément un réflexe quand on n’a pas été chercheur. C’est un atout précieux quand on souhaite innover.

Un dernier aspect concret qui me sert tous les jours vient de mes années à enseigner. L’innovation repose sur des ateliers de facilitation. Cela veut dire qu’on aide un groupe de personnes à échanger ensemble sur un thème donné, pour extraire un maximum d’informations importantes et construire une nouvelle solution. Quelques années à enseigner permet de se sentir beaucoup plus confiant dans ce genre d’exercice.

Que vous a apporté votre formation sur le plan personnel ?

J’ai réalisé mon rêve d’enfant : devenir scientifique. J’ai appris des milliers de choses, et j’en ai vues tout autant.

Mes années de formation, du bachelier à la fin de ma thèse, ont été de l’émerveillement hebdomadaire. J’ai fait mes expériences, j’ai voyagé, j’ai rencontré des personnes fabuleuses et tellement intéressantes, je me suis fait des amis sincères dans des pays étrangers (et avec qui j’ai gardé contact). En plus, j’ai appris énormément sur moi-même.

Par exemple, je ne m’imaginais pas être capable de donner cours devant des populations de jeunes adultes. Je me souviens combien je paniquais les premières semaines. J’ai découvert quelles étaient mes forces pour transmettre ce que je savais et intéresser mes élèves. Mes années à l’unif’ ont été de belles années, pleines d’enseignements, et pas seulement scientifiques. 

Souhaitez-vous partager une anecdote, un évènement particulièrement enrichissant de votre carrière ?

J’en ai déjà parlé lors de la question précédente, mais je voudrais partager ce que j’ai ressenti lors de mes cours avec mes étudiants de première bac. Surtout avec « mes biologistes » comme je disais à l’époque… S’ils viennent à lire ces quelques phrases, ils se moqueront surement de moi, mais ils ont été mes meilleurs moments. Les cours étaient autant de rires que de réflexions intenses. J’étais impatient de venir à chaque séance. Avec le temps, je cherchais même à trouver des exemples très spécifiques de ce que la physique pouvait leur apporter. Au final, j’ai tellement aimé ça que j’ai fini par étudier la biologie au travers de la physique : je suis devenu biophysicien.
Dire que je détestais la biologie étant jeune ! Ils ont réussi à me la faire aimer au point d’en faire mon postdoc. Merci à chacun d’entre eux.

Quels sont vos projets pour le futur ?

Au-delà de mon travail au service public, j’espère continuer à développer mes compétences en tant que coach pour la rédaction de mémoire. J’aimerais que mon passé dans l’académique puisse servir aux étudiants qui ont parfois tellement besoin de repères à l’université, surtout lors de la rédaction du mémoire, qui peut être déstabilisant pour beaucoup d’entre eux.

Que diriez-vous aux futur·es étudiant·es ?

J’hésite beaucoup pour cette réponse. 

Au final, je dirais aux étudiants de bachelier de profiter, ce sont de belles années qui se profilent pour eux.

Aux étudiants de master, qui sont souvent perdus face aux choix qui s’offrent à eux, je dirais de ne pas craindre de trouver quelqu’un avec qui échanger pour trouver des réponses à leurs questions.

Pour les étudiants en thèse, je dirais qu’on vit tous la même chose. On se demande tous si on avance correctement. On est tous perdus. Vous n’êtes pas les seuls.

Maxime Hubert

Publié par Sylvie Marchal, le 5 mars 2025 
modifié le 05/03/2025

Partagez cette page

cookieImage