3I/ATLAS intrigue les astronomes du monde entier
3I/ATLAS est le troisième objet interstellaire jamais détecté dans notre système solaire. Son observation a donné lieu à une mobilisation scientifique mondiale sans précédent et à plusieurs publications internationales en quelques jours. Les télescopes TRAPPIST de l’Université de Liège ont contribué aux premières données recueillies sur cet objet venu d’ailleurs.
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e 1er juillet 2025 marque une nouvelle date importante dans l’astronomie moderne : l'observation du troisième objet interstellaire traversant notre système solaire. Baptisé 3I/ATLAS, il a été repéré par le système ATLAS (Asteroid Terrestrial-impact Last Alert System) constitué de quatre télescopes robotiques installés à Hawaï, au Chili et en Afrique du Sud. Cet objet vient s’ajouter à la courte mais fascinante liste des objets originaires d’autres systèmes planétaires à nous rendre visite après l’étrange 1I/ʻOumuamua en 2017 et la comète 2I/Borisov en 2019.
"Un objet interstellaire est un astre - comme une comète ou un astéroïde - qui ne fait pas partie de notre système solaire et qui n’est pas lié gravitationnellement à notre Soleil, explique Emmanuel Jehin, astronome et directeur du Laboratoire COMETA à l'ULiège. Ces voyageurs cosmiques sont éjectés de leur système d’origine par des interactions gravitationnelles ou d'autres mécanismes encore peu compris, avant d’errer librement dans l’espace interstellaire et éventuellement passer au travers de notre système solaire."
Une découverte mondiale, un effort collectif
C’est avec un des télescopes du consortium ATLAS, situé au Chili, que l’alerte a été confirmée en raison d’une orbite caractéristique. Très vite, une vaste communauté internationale de chercheurs, dont l’équipe de l’Université d’État du Michigan (MSU) dirigée par Darryl Seligman, s’est mobilisée. Dès les premières heures suivant la détection, ce sont les télescopes du monde entier qui se sont braqués sur 3I/ATLAS.
Parmi les nombreux télescopes mobilisés on retrouve le réseau des deux télescopes TRAPPIST, dont un est installé au Chili à l’observatoire de la Silla (ESO) et le second au Maroc (Oukaïmeden). « Au petit matin du 2 juillet j’ai vu dans mes emails une alerte de la découverte d’un possible nouvel objet interstellaire ! J’ai immédiatement arrêté les observations en cours sur TRAPPIST-Sud au chili (il y a 6 heures de décalage), pour observer en priorité ce nouveau venu. Il était bien là, à se déplacer rapidement au milieu de la Voie Lactée dans un champ très dense d’étoiles ». Ces premières observations étaient importantes pour améliorer l’orbite de l’objet et confirmer aussi vite que possible son origine interstellaire ce qui a été fait dès le lendemain par la NASA !
Les jours suivants les plus grands télescopes du monde se sont tournés vers cet objet encore énigmatique pour commencer son étude détaillée et les télescopes spatiaux JWST et HST de la NASA sont programmés. "Les objets interstellaires sont des témoins rares et précieux de la diversité des mondes au-delà de notre système solaire. Leur observation est une opportunité scientifique exceptionnelle, et nous sommes fiers que TRAPPIST y contribue", reprend Emmanuel Jehin.
D’autre part, dans le cadre d’une collaboration internationale dirigée par Cyrielle Opitom, diplomée de l'ULiège et aujourd'hui astrophysicienne à l’Université d’Edimbourg, les astronomes ont déclenché leur programme sur le Very Large Telescope (VLT) de l’ESO à Paranal avec l’instrument MUSE pour déterminer la véritable nature de 3I/ATLAS : une comète ou un astéroïde ?
Ce que l’on sait de 3I/ATLAS
Bien que 3I/ATLAS soit encore fort éloigné, à 465 millions de km de la Terre, les premières données révèlent plusieurs caractéristiques intéressantes. Le nouvel objet interstellaire se déplace actuellement à la vitesse folle de 61 kilomètres par seconde (soit environ 219 600 km/h) par rapport au Soleil. Il suit une trajectoire hyperbolique, confirmant son origine extra solaire et ne reviendra jamais après avoir quitté notre système.
Son éclat inhabituel laisse penser qu’il pourrait s’agir d’une comète active, bien que la présence d’émission de gaz caractéristiques tels que l'eau (H2O), le monoxyde de carbone (CO) ou encore le dioxyde de carbone (CO₂) n’a pas encore été confirmée. « Cependant, grâce aux données à haute résolution de l’instrument MUSE du VLT, nous avons clairement détecté une chevelure compacte et une petite queue de poussière entourant l’objet, explique Cyrielle Opitom. Une chevelure qui devrait se développer et devenir de plus en plus brillante à mesure que 3I/ATLAS se rapproche du Soleil et que nous allons étudier grâce à notre programme dans les semaines et mois à venir afin de déterminer sa composition chimique détaillée et en apprendre plus sur système dont elle provient » 3I/ATLAS sera au plus proche du Soleil en octobre et de la Terre en décembre offrant une fenêtre d’observation limitée mais cruciale.
Ce n’est que le début de l’étude car beaucoup de questions sont encore sans réponses: quelle est la taille de l’objet ? Quel va être son comportement en s’approchant du Soleil ? Quel est sa composition ? Est-elle similaire à celle des comètes de notre système ? D’où vient-il ? Combien d’années a-t-il voyagé dans la Galaxie ? Cette découverte, au-delà de son importance scientifique, rappelle le rôle essentiel du financement public dans les recherches fondamentales. Comme l’exprime Darryl Seligman : "Ce que nous faisons ne génère pas de retour financier immédiat. Mais c’est la curiosité humaine, celle qui interroge notre origine, notre solitude cosmique, et notre place dans l’univers qui justifie ces recherches." La découverte et les observations de 3I/ATLAS ajoutent un nouveau chapitre à notre compréhension de l’univers et nous offrent de nouvelles informations sur la formation et l'évolution de notre système et d'autres voisins.
Références scientifiques
Darryl Z. Seligman et al. , Discovery and Preliminary Characterization of a Third Interstellar Object: 3I/ATLAS, Submitted to AAS Journals https://arxiv.org/abs/2507.02757
Cyrielle Opitom, Colin Snodgrass, Emmanuel Jehin et al., Snapshot of a new interstellar comet: 3I/ATLAS has a red and featureless spectrum, Submitted to A&A https://arxiv.org/abs/2507.05226
Contacts
Emmanuel Jehin
Collaborateurs et étudiants de l'ULiège qui ont également participé à cette étude :
Marin Ferrais, Mohamed Amine Miftah, Mathieu Vander Donckt , Said Hmiddouch, Damien Hutsemeckers , Jean Manfroid
Nomenclature
Les objets interstellaires reçoivent un nom selon un système de classification établi par l’Union Astronomique Internationale. Le préfixe "I" indique qu’il s’agit d’un objet interstellaire, suivi d’un chiffre d’ordre indiquant sa position chronologique dans les découvertes. Ainsi, 1I/ʻOumuamua est le premier objet interstellaire identifié, 2I/Borisov le deuxième, et 3I/ATLAS le troisième. Le nom qui suit le numéro est généralement lié à l’équipe ou au système de détection qui a permis sa découverte. Dans le cas de 3I/ATLAS, le nom fait référence au système ATLAS (Asteroid Terrestrial-impact Last Alert System) qui l’a repéré.
Premier de son genre 1I/ʻOumuamua a un peu dérogé à cette règle puisque, bien que détecté par le télescope Pan-STARRS situé à Hawaï, les scientifiques l'ont baptisé ʻOumuamua qui signifie "messager venant de loin" en hawaïen. Il avait déconcerté les scientifiques par sa forme très allongée et sa couleur rougeâtre, probablement due à une exposition prolongée aux rayons cosmiques.
2I/Borisov a quant à lui été repéré par l'astronome amateur Guennadi Borisov originaire de Crimée. Ce second objet ressemblait à une comète beaucoup plus classique, affichant un comportement similaire à celui des comètes de notre propre système.
