Rencontre avec un Alumni | Arnaud Stiepen
Arnaud Stiepen, Parrain de la promotion des diplômé·es 2025 est titulaire d'un master en sciences spatiales (2010) et d'un doctorat en sciences en 2014. Aujourd'hui, il est le fondateur de la plateforme de vulgarisation scientifique, Nexus by Arnaud Stiepen.
Formation
Pouvez-vous résumer votre parcours ?
J’ai réalisé un bachelier en sciences physiques, suivi d’un master en sciences spatiales, puis d’un doctorat en sciences. J’ai mené mes recherches au sein du département AGO, dans le laboratoire LPAP, où j’étudiais les atmosphères de Mars et de Vénus.
Quelle est votre formation de base ? Comment s’est fait le choix de votre master ?
Je suis rentré à l’ULiège avec l’envie claire de faire de l’astrophysique. Depuis mes 8 ans, et la découverte de Jules Verne avec "De la Terre à la Lune", c’est ce que je voulais faire. Le choix du master s’est donc fait naturellement, même si d’autres domaines scientifiques m’attiraient aussi.
Pourquoi avez-vous choisi d'étudier cette matière à la Faculté des Sciences de l’Université de Liège ?
Je suis arrivé à l’ULiège au moment du passage entre les anciens diplômes de type "candidat-licence" et le nouveau système "bachelier-master". C’était tout nouveau à l’époque, ce qui rendait les choix de parcours encore plus incertains… mais aussi excitants. Pour moi, la renommée de la formation en astrophysique était un élément important de choix.
Les enseignants, toutes catégories confondues. Je collabore avec de nombreuses universités et je vois différentes manières de fonctionner. Mais à l’ULiège, nous avons de véritables figures, de grands talents, et aussi une relève brillante. Il faut les encourager et surtout leur donner un cadre stable pour qu’ils s’épanouissent.
Doctorat
Comment avez-vous décroché votre bourse de recherche ?
De manière assez naturelle. À la fin de mon mémoire, j’ai obtenu le prix Wallonie-Espace du meilleur mémoire dans le spatial. Peu après, mon futur promoteur, Jean-Claude Gérard, m’a proposé de le rencontrer. Je m’attendais à une amicale tape dans le dos… mais il m’a carrément proposé un poste financé par BELSPO qui venait de se libérer! J’ai accepté sans hésiter.
Pouvez-vous nous décrire votre environnement de travail ? Qu'attend-on des PhDs ?
J’ai eu une chance immense : mon promoteur, Jean-Claude Gérard, est un homme d’une très grande culture, à la fois exigeant et profondément humain. Il s’est toujours soucié de développer le potentiel de ses doctorants. J’ai vu, ailleurs et ici, des situations parfois dramatiques avec certains encadrants, donc je mesure pleinement cette chance. Il m’a transmis un esprit de curiosité sans fin, dont je suis fier d’être l’héritier.
En apparence, mes journées n'étaient pas très excitantes: beaucoup de programmation pour analyser les données et modéliser les atmosphères. Mais en réalité, c’était grisant. Certaines de ces données avaient voyagé des centaines de millions de kilomètres, mobilisé des centaines de chercheurs et d’ingénieurs pendant des années, pour arriver… sur mon ordinateur. Et j’étais parfois le premier humain à les lire. Ça laisse des traces.
Avez-vous remarqué des différences avec la Belgique ?
Beaucoup ! La fameuse humilité (ou timidité ?) belge n’existe pas aux USA. Mais on est aussi loin des clichés. J’ai énormément appris de cette expérience. Elle m’a ouvert les yeux, m’a profondément transformé. Certaines manières de faire et de penser ne m’ont plus quitté depuis.
Profession
Quelles ont été les différentes étapes de votre carrière ?
Vaste question ! Après mon doctorat, j’ai poursuivi quelques années dans la recherche, principalement aux États-Unis à la NASA, puis de retour à l’ULiège comme chargé de recherche FNRS. J’ai également eu d’autres expériences postdoctorales, notamment via BELSPO.
Ensuite, je me suis orienté vers la R&D dans le secteur spatial wallon. Mais même si j’aimais les projets, je ressentais un besoin fort de transmission et de créativité. Depuis longtemps, je rêvais de partager ma passion : j’ai donc naturellement tenté l’expérience de la vulgarisation et de l’enseignement, d’abord en secondaire, puis en haute école.
De manière amusante, l’une de mes premières activités de vulgarisation s’est développée après journée, avec des amis de l’ULiège – aujourd’hui actifs dans les MOOCs. Très vite, la vulgarisation s’est professionnalisée pour moi. Je suis désormais entrepreneur dans ce domaine, via ma plateforme Nexus by Arnaud Stiepen.
En quoi consiste votre travail ?
En tant que fondateur, je suis un véritable couteau suisse. J’écris du contenu, je conçois des formations, j’accompagne des scientifiques et startups dans leur stratégie de communication. Ce qui me motive le plus, c’est de mettre en lumière les chercheurs et chercheuses de chez nous, et de former de nouvelles générations de vulgarisateurs. Ce que je préfère, c’est de voir l’étincelle dans les yeux d’un jeune ou d’un chercheur lorsqu’il réalise que son projet peut toucher un public.
Souhaitez-vous partager une anecdote, un évènement particulièrement enrichissant/valorisant de votre carrière ?
Lors de mon arrivée à la NASA, j’ai été touché par l’accueil de mes collègues. Beaucoup connaissaient le LPAP et la qualité de l’enseignement à l’ULiège. Le jour de mon arrivée, j’ai découvert sur mon bureau un dessous de bière belge avec les mots « Best of Belgium ». Une petite blague, mais un immense clin d’œil à mes racines. Je l’ai gardé précieusement.
Apport de votre formation
Quels ont été les apports de votre formation dans votre vie professionnelle ?
Difficiles à quantifier tant ils sont profonds et nombreux. Ma formation m’a évidemment permis de mener une carrière de chercheur, mais elle m’a surtout apporté une rigueur et une compréhension intime du fonctionnement de la science. Cela me distingue dans la vulgarisation, notamment par ma capacité à lire un article scientifique avec précision ou à comprendre les dynamiques de publication. Ce sont des éléments que n’ont pas toujours les spécialistes en journalisme ou en communication, même si, inversement, ils ont des talents dans leur domaine que je continue à développer.
Que vous a apporté votre formation sur le plan personnel ?
Une vision particulière du monde. Je pense que l’un des rôles majeurs de la formation est d’élever nos cerveaux. Elle nous donne une grille de lecture unique du réel, propre aux scientifiques. Mais je n’apprécie pas les approches unidimensionnelles : il revient à chacun de se construire en dehors du cadre académique également.
Quels sont vos projets pour le futur ?
Étendre Nexus. Pas dans une logique purement commerciale, mais pour en faire une référence dans le soutien à la communication scientifique et technologique. J’aimerais que Nexus devienne un outil pour aider les chercheurs, startuppers et entreprises innovantes à mieux valoriser leurs projets auprès de leurs publics, clients, partenaires et investisseurs. En bref, faire rayonner – à mon échelle – notre écosystème.
J’ai terminé mon master il y a 15 ans (oufti !) et je recommande toujours chaudement ma filière, ma Faculté, et mon Université. Ça veut tout dire, non ? Soyez curieux, osez l’interdisciplinarité, et souvenez-vous que la science peut changer des vies – y compris la vôtre.
Retrouvez le discours prononcé lors de la Cérémonie de Proclamation 2025
