Mission scientifique

Révéler l’art des peintres de l’Égypte ancienne grâce à des méthodes non invasives



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Grâce à un laboratoire mobile et à des méthodes non invasives, des scientifiques du Centre Européen d’Archéométrie (CEA) ont mené à Louxor des relevés et analyses de pointe dans trois sites exceptionnels : les tombes de Toutankhamon, Thoutmosis IV et Néfertari . Cette campagne de deux semaines s’inscrit dans le projet international Paint like an Egyptian, qui vise à approfondir notre compréhension des techniques de peinture de l’Égypte antique grâce à une analyse systématique et non invasive des peintures murales de la Vallée des Rois.

C'

est à Louxor, et plus particulièrement dans les Vallées des Rois et des Reines, que l’équipe du Centre Européen d’Archéométrie (ULiège) a utilisé son laboratoire mobile non invasif pour scruter, sans les altérer, les peintures murales de trois tombes majeures : la tombe de Néfertari, puis celles de Thoutmosis IV et de Toutankhamon. Menée dans le cadre du projet « Paint like an Egyptian », cette mission combine photogrammétrie, imagerie multispectrale et hyperspectrale, ainsi que des analyses physico-chimiques avancées, afin de mieux caractériser les matériaux et les techniques de peinture des artistes de l’Égypte ancienne, tout en renforçant les stratégies de conservation.

Toutankhamon, Thoutmosis IV et Néfertari

Situées dans la Vallée des Rois, les tombes de Thoutmosis IV et de Toutankhamon présentent un double enjeu : croiser les observations d’un site à l’autre et comparer les pratiques picturales dans différents contextes royaux. « Travailler dans la tombe de Toutankhamon représente, en particulier, une opportunité scientifique exceptionnelle pour approfondir la compréhension des matériaux et des techniques employés à la fin de la XVIIIᵉ dynastie, explique le Pr David Strivay, physicien à l’ULiège. Chaque donnée acquise, comme la cartographie des pigments, les signatures spectrales ou encore les micro-reliefs, nourrit une enquête qui relie l’atelier antique, les conditions de réalisation et les défis contemporains de préservation. » C’est ici que le laboratoire mobile non invasif du Centre Européen d’Archéométrie (CEA) fait toute la différence, en permettant de collecter des données scientifiques très fines sans prélèvement, dans le strict respect des peintures murales.

Les chercheurs ont également eu accès à la tombe de Néfertari. "C'est un privilège rare, explique Catherine Defeyt, chercheuse à l’ULiège. Cette tombe est un monument phare de l’art funéraire égyptien qui impose une exigence absolue. Notre démarche, comme dans les projets précédents que nous avons menés ici en Égypte, est de documenter, d’analyser et d’interpréter, tout en préservant l’intégrité des décors. »

Les relevés réalisés offrent une lecture d’une précision inédite de la richesse chromatique et de la complexité technique de ces chefs-d’œuvre. Au-delà de l’émerveillement, ils ouvrent de nouvelles pistes sur la compréhension du choix des pigments, des superpositions, des retouches, des altérations et des liens possibles entre procédés artistiques et contraintes de conservation.

Des méthodes de pointe pour voir l’invisible

Tout au long de la mission, l’équipe a pu mobiliser une large gamme d’outils complémentaires : photogrammétrie, imagerie multispectrale et hyperspectrale, spectroscopie SWIR, microscopie numérique, analyses MA-XRF… « Autant de techniques qui permettent de révéler ce que l’œil ne perçoit pas, reprend Catherine Defeyt, comme les compositions, les variations de couches picturales, les traces d’exécution, l’hétérogénéité des matériaux ou encore les processus de dégradation. »

L’ensemble des mesures à très haute résolution constitue désormais un corpus unique, appelé à être analysé dans les mois à venir. Les résultats attendus contribueront à affiner la connaissance des procédés picturaux de l’Égypte ancienne et à éclairer les problématiques de conservation de ces sites majeurs du Patrimoine mondial de l’UNESCO.


Cette nouvelle campagne s’inscrit dans « Paint like an Egyptian », une collaboration scientifique internationale associant le CEDAE (Ministère égyptien des Antiquités) et le Laboratoire d’Archéologie Moléculaire et Structurale (CNRS–Sorbonne Université). Elle bénéficie du soutien de la Fondation Roi Baudouin (Fondation Comhaire) ainsi que de l’ULiège, via un Crédit d’Opportunité Stratégique, notamment pour un microscope 3D mobilisé dans le dispositif. Cette nouvelle campagne met en lumière la force d’une collaboration interdisciplinaire entre égyptologues, spécialistes des sciences du patrimoine, chimistes, physiciens et experts de la conservation.


Découvrir d'autres recherches menées par le Centre Européen d'Archéométrie dans l'épisode "Science et Patrimoine" de l'émission télé LABO4

Contacts

Catherine Defeyt

David Strivay

Publié le

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