Des cyanobactéries détectées dans la Meuse et analysées par un labo de l'ULiège
En cette dernière semaine du mois de juillet, les habitantes et les habitants de Liège ont constaté que la Meuse a pris une couleur particulière. D'impressionnants reflets verts ont en effet été visibles tout le long des quais. Des échantillons de l’eau ont été prélevés et analysés par le laboratoire de la professeure Annick Wilmotte, experte en cyanobactéries de l’ULiège et ont révélé la présence de cyanobactéries, justifiant cette couleur peu habituelle.
Selon la professeure Annick Wilmotte, « cette couleur particulière est due à la présence d’un bloom (ou prolifération) de cyanobactéries. Une observation microscopique a montré la présence des genres Microcystis et Planktothrix, qui sont potentiellement producteurs de toxines. L’origine du bloom est probablement à chercher dans des affluents où le courant est moins fort mais il faudrait des études plus approfondies du bassin versant pour le savoir. »
Jean-Pierre Descy, professeur à l’UNamur et collaborateur à scientifique à l’ULiège, note également que « la présence de cyanobactéries planctoniques en rivière reste un phénomène rare. Dans les années 90, il n'y avait pas de Microcystis en Meuse belge. »
La concentration précise de cyanobactéries des échantillons n’a pas encore été mesurée, cependant le Pr Dail Laughinghouse (Université de Floride), collaborateur au sein du laboratoire de la professeure Annick Wilmotte indique que 20 µg/L de chlorophylle ont été mesurés, ce qui est considéré comme indicatif d’un bloom. C’est également leur présence visible qui indique le signe d’un disfonctionnement des écosystèmes aquatiques. De manière générale, les cyanobactéries font partie du phytoplancton normal, mais dans ce cas-ci l’on constate une prolifération problématique.
Selon les scientifiques, les températures élevées de ces derniers jours, et par extension le réchauffement climatique, sont probablement à l’origine de ce phénomène. La présence de cyanobactéries a également été suspectée du côté de Visé. Ces algues peuvent libérer des substances toxiques susceptibles de provoquer des problèmes de santé chez l'homme – peu fréquents, car nous ne buvons pas l’eau de Meuse – et l'animal, particulièrement les chiens qui peuvent être intoxiqués s’ils boivent à l’endroit d’un bloom. Leur présence peut également avoir des conséquences sur les écosystèmes aquatiques, l'irrigation et l'abreuvement du bétail.
À noter que du 3 au 7 août, le laboratoire InBios - BCCM de l’Université de Liège organise le 23e Symposium de l'Association internationale pour la recherche sur les cyanobactéries - Symposium of the International Association for Cyanophyte/Cyanobacteria Research). La journée « Bloom Day » du 6 août sera ouverte au grand public et aux amateurs de science. Du côté des sciences participatives, le réseau interuniversitaire Sciences.be a lancé au début de l’été le projet Bloomin’ Algae, le premier recensement participatif des cyanobactéries en Belgique francophone.
