Une publication dans Nature Climate Change

Les effets néfastes de la disparition de la glace de mer de l’Arctique



De nouvelles recherches menée par BEPSII, une communauté d'experts internationaux dont fait partie Bruno Delille (Unité de recherches FOCUS/Faculté des sciences) de l’ULiège, détaille les conséquences plus que probables de la disparition de la glace de mer Arctique et souligne le besoin urgent d’effectuer des recherches supplémentaires pour éclairer les décisions futures et la modélisation du climat. Ces recherches font l’objet d’une publication dans la revue Nature Climate Change.

L

e réchauffement climatique est en train de modifier le paysage glaciaire de l'Arctique. La glace de mer, cette couche de glace formée par les eaux gelées à la surface des océans plus communément appelée banquise, fond de plus en plus rapidement. Une disparition qui risque bien d’avoir des répercussions en cascade que ce soit sur les cycles biogéochimiques, les processus climatiques et les formes de vie qui dépendent justement de cette glace de mer.  C'est le message d'une vaste étude menée par la communauté scientifique BEPSII (Biogeochemical Exchange Processes at Sea-Ice Interfaces), dont fait partie Bruno Delille, chercheur qualifié FNRS au sein du Laboratoire d’Océanographie Chimique (Unité de recherches FOCUS / Faculté des Sciences) de l’Université de Liège.  « Dans cette étude, nous soulignons le fait qu’il est urgent de prendre en compte les processus biogéochimiques associés à la glace de mer dans les modèles climatiques, explique Bruno Delille. Ces processus, qui transportent et transforment un chimique (comme le CO2 et le méthane) entre l’hydrosphère et l’atmosphère, ont un impact considérable sur la transformation du paysage Arctique et ses écosystèmes. »

graphique 

Schéma des processus biogéochimiques saisonniers de la glace de mer dans l’océan Arctique. Les flèches noires représentent la direction des échanges biogéochimiques. Les lignes pointillées illustrent des gradients diffusifs, tels que celui du carbone inorganique dissous (DIC). Les flèches jaunes indiquent le rayonnement solaire. Les communautés de micro-algues pélagiques et associées à la glace ainsi que leurs brouteurs sont représentés par des ombres et des symboles orange. La pompe biologique de carbone relie les processus d’échange de carbone en surface à la séquestration en profondeur par l’exportation de carbone organique particulaire (POC) et de carbone organique dissous (DOC). Les processus de surface ont également un impact sur les gaz climatiques, tels que le DMS et le CH4, ainsi que sur les composés organiques volatils (VOC), qui peuvent contribuer à la formation de noyaux de condensation nuageuse (CCN) – schéma et légende tirés de «The future of Arctic sea-ice biogeochemistry and ice-associated ecosystem », Lannuzel D. et al. © Nature Climate Change

Car la glace de mer joue un rôle significatif sur la séquestration de gaz à effet de serre, notamment. La fonte de cette dernière risque non seulement de promouvoir le rejet de ces gaz vers l’atmosphère, ce qui aura un impact non négligeable sur le réchauffement climatique (montée des eaux) mais également sur la biodiversité de l’Arctique. À la base de la chaîne alimentaire, un Arctique plus chaud et plus ensoleillé permettra au phytoplancton d'être plus productif, mais au détriment des algues de glace avec un impact sur la biodiversité. "Globalement, les espèces emblématiques de l'Arctique, telles que le béluga, l'ours polaire et la morue polaire, vont décliner à mesure que leur habitat s'amenuise et seront remplacées par des espèces subpolaires mieux adaptées aux nouvelles conditions", reprend Bruno Delille.

Une meilleure compréhension des interactions complexes qui ont lieu en Arctique permettra d'obtenir des représentations plus précises de l'influence des changements en  Arctique dans les modèles climatiques mondiaux et d'améliorer les capacités de prévision.

La réduction de l'étendue des glaces de mer a également des conséquences sur la conservation et la gestion des ressources, car elle entraînera une pression humaine accrue sur la faune et la flore de l'Arctique par le biais du transport maritime, de l'exploration pétrolière et gazière, de la pêche et du tourisme. "Des études telles que la nôtre sont donc fondamentales pour l'élaboration de programmes de gouvernance marine efficaces pour l'avenir, conclu le chercheur. » Pour toutes ces raisons, les chercheurs plaident en faveur d'une intensification des observations à long terme et une meilleure inclusion des processus liés à la banquise  dans les modèles climatiques. Selon BEPSII, l'absence actuelle d'inclusion des processus biogéochimiques associés à la glace de mer dans les modèles climatiques est préoccupante et elle pourrait bien nous donner une vision tronquée d'un avenir déjà sombre.

Référence scientifique

Lannuzel et al. , "The Future of Biogeochemistry of Arctic Sea Ice and Ice-Associated Ecosystems", Nature Climate Change, 27 oct. 2020

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