Reportage

Bali, l’île des macaques sacrés



L’équipe du Jardin extraordinaire (RTBF) s’est intéressée aux recherches menées par Fany Brotcorne et les collaborateurs du Groupe de Recherche en Primatologie (Unité de recherche SPHERES / Faculté des Sciences) dans la ville d’Ubud en Indonésie dans laquelle la cohabitation entre le singe et l’homme, devenue conflictuelle, doit trouver une issue favorable dans le respect de l’animal et de son environnement

S

aki, muriqui, aye-aye, galago, tarsier… Avez-vous déjà entendu ces noms ? A l’inverse des grands singes charismatiques tels que le gorille, le bonobo et l’orang-outan, la plupart des espèces de primates restent largement méconnues du grand public. Notre planète compte pourtant plus de 500 espèces de primates actuellement réparties en 79 genres. Après les chiroptères (chauve-souris) et les rongeurs, c’est l’ordre des mammifères comptant le plus d’espèces, présentes naturellement dans près de 90 pays. S’ils sont très diversifiés, ils sont aussi fortement menacés: plus de 60% des espèces sont classées en danger sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). La raison principale de ce constat tient dans leur dépendance aux forêts tropicales, un écosystème massivement exploité et modifié par l’homme. Les questions de conservation et de gestion des populations de primates sont devenues indissociables des recherches fondamentales menées par les scientifiques.

A l’Université de Liège, Fany Brotcorne et ses collaborateurs du Groupe de Recherche en Primatologie (Primatology Research Group, PRG / Faculté des Sciences), consacrent une importance croissante à l’étude du comportement et de l’écologie des populations de primates au sein d’environnements perturbés, voire totalement anthropisés, c’est-à-dire dominés par les activités humaines. Les études menées au sein du groupe se concentrent principalement sur les impacts des pressions anthropiques, la manière dont les primates y répondent et leurs implications en termes de gestion et de conservation. Conséquence directe de la croissance humaine et du besoin grandissant d’espace, la cohabitation avec les primates devient de plus en plus conflictuelle dans de nombreux sites. C’est le cas dans la ville d’Ubud, sur l’Île de Bali en Indonésie où les macaques crabiers ont progressivement fait face à la raréfaction de leur habitat forestier en s’adaptant à la vie en ville où ils exploitent avec succès les ressources alimentaires, jouissent du manque de prédateurs naturels, et se reproduisent par conséquent à des taux largement supérieurs à ceux observés chez leurs congénères forestiers. Aujourd’hui, cette population à Ubud se caractérise par une densité locale particulièrement forte qui entraine des effets néfastes sur leurs conditions de vie et celles de leurs voisins humains. Cette situation critique a conduit les manageurs locaux à solliciter l’aide de l’équipe belgo-balinaise de primatologues afin de contrôler éthiquement les naissances chez ces macaques qui dans la religion hindouiste sont sacrés et protégés.

C’est dans le cadre de la mise en place d’une campagne globale de gestion visant entre autres la stérilisation d’un certain nombre de femelles macaques destinée à diminuer la surpopulation et atténuer les conflits dans la ville balinaise que Tanguy Dumortier a suivi Fany Brotcorne et ses collaborateurs sur place à Ubud. Ce projet pluridisciplinaire, comme d’autres déployés par le PRG, a pu être mis en place grâce à des collaborations établies de longue date avec des institutions internationales en Indonésie et ailleurs dans les tropiques.

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