Une publication dans Water Research

Les étangs bruxellois émettent des gaz à effet de serre



Une étude menée par Thomas Baudouin, doctorant à l’ULiège et l’ULB, qui a effectué des prélèvements sur vingt-deux étangs de Bruxelles, démontre que les émissions de gaz à effet de serre de ces étangs bruxellois sont numériquement équivalentes aux puits de carbone des espaces verts de la ville de Bruxelles. Cette étude vient d’être publiée dans la revue Water Research

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es espaces verts embellissent les villes et sont des lieux de loisir contribuant au bien-être physique et mental de nombreux citadins. Ces espaces urbains fournissent de nombreux services tels que l’atténuation de la chaleur (îlot de fraîcheur), la gestion des eaux de pluies (bassin de rétention), la réduction de la pollution atmosphérique (piège à particules fines), la réduction de la pollution sonore, être des îlots qui favorisent la biodiversité mais aussi constituer des puits de carbone (un procédé important qui permet d’absorber et stocker le dioxyde de carbone de l’atmosphère), contribuant ainsi à atténuer les concentrations de gaz à effet de serre responsables du changement climatique.

Les étangs - souvent intégrés aux espaces verts urbains - devraient, en théorie, émettre des gaz à effet de serre vers l’atmosphère comme la majorité des lacs naturels. Cependant, les étangs urbains sont artificiels et différents des lacs naturels,  en raison du bassin de drainage (ville vs forêt ou campagne), et d’une plus forte déposition de pollution atmosphérique (notamment d’azote). Dès lors, on peut poser comme hypothèse que les émissions des étangs urbains sont plus élevées de celles des lacs naturels.

Thomas Bauduin, doctorant au sein du Laboratoire de d’Océanographie Chimique de l’unité de recherches FOCUS de l’ULiège qui effectue sa thèse de doctorant en co-tutelle avec l’ULB (EBB), a procédé à des prélèvements de concentrations dissoutes de dioxyde de carbone (CO2), de méthane (CH4) et de protoxyde d’azote (N2O) dans vingt-deux étangs urbains bruxellois pendant les quatre saisons. « L’étude montre que les concentrations de CO2 et de CH4 dans les étangs bruxellois étaient plus élevées que dans les lacs naturels de taille équivalente, confirmant l’hypothèse de départ, explique le chercheur. De plus, notre étude met en évidence des variations entre les différents étangs. Les émissions de CO2 étaient plus élevées dans les étangs de plus petite taille, comme ce qui est observé dans les lacs naturels. Les émissions de N2O étaient plus élevées dans les étangs proches du centre-ville en raison des dépôts atmosphériques d’azote, comme démontré en recoupant avec les données d’oxyde nitreux collectées dans le cadre de l’initiative citoyenne CurieuzenAir. » De manière inattendue, Thomas Baudouin a mesuré des émissions de méthane plus faibles dans les étangs plus petits proches du centre-ville, et plus élevées dans les étangs plus grands en périphérie de Bruxelles. « Ceci est dû à la présence d’algues submergées dans les plus grands étangs de la périphérie et d’apports de biomasse végétale de la Forêt de Soignes. Ces apports de matière organique vers les étangs alimentent la fermentation et production de méthane au fond des étangs. »

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Schéma des processus qui contrôlent les émissions des gaz à effet de serre par les étangs en milieu urbain.

Les villes concentrent une très grande partie des émissions globales de gaz à effet de serre produites par la circulation, les habitations et une partie de la production industrielle. Sans surprise, les émissions de gaz à effet de serre par les étangs bruxellois sont négligeables par rapport aux émissions totales de la ville de Bruxelles (0.04%). Ces émissions sont très largement dominées par le CO2. Si on ne compare que les émissions de méthane alors les étangs bruxellois contribuent environ à 4% supplémentaires aux émissions totales de méthane par la ville de Bruxelles, jusqu’à présent comptabilisées par la Région.

« Le résultat le plus significatif de cette étude est que les émissions de gaz à effet de serre par les étangs bruxellois sont numériquement équivalentes aux puits de carbone par les espaces verts de la ville de Bruxelles jusqu’à présent comptabilisées par la Région, conclut Alberto Borges, Directeur de recherches F.R.S.-FNRS à l’ULiège. Cette étude dans un cadre urbain confirme ce que l’on a par ailleurs montré dans des cadres naturels, notamment en Afrique, à savoir que les émissions de gaz à effet de serre par les plans d’eau (rivières et lacs) sont importants vis-à-vis du puits de carbone attribué à la végétation terrestre comme les forêts. »

Référence scientifique

Thomas Bauduin, Nathalie Gypens, Alberto V Borges (2024) Seasonal and spatial variations of greenhouse gas (CO2, CH4 and N2O) emissions from urban ponds in Brussels, Water Research, 2 February 2024.  https://doi.org/10.1016/j.watres.2024.121257

Thomas Bauduin effectue sa thèse de doctorat au Laboratoire d’Océanographie chimique (Alberto Borges, UR FOCUS), en cotutelle avec l’ULB (Nathalie Gypens, EBB).

Vos contacts à l’ULiège

Thomas Bauduin

Alberto Borges

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