Une publication dans Nature Geoscience

Les émissions de méthane issues des systèmes aquatiques contribuent à la moitié des émissions mondiales



Delta du Mékong, mosaïque de systèmes anthropisés (urbains et aquaculture) drainant le 10ième fleuve sur Terre.

Une étude internationale à laquelle a participé Alberto Borges, directeur du laboratoire d’Océanographie Chimique (Unité de Recherche FOCUS / Faculté des Sciences) de l’ULiège, fourni une estimation inédite des émissions mondiales du méthane provenant des zones humide et d’autres milieux aquatiques marins et terrestres. Des chiffres qui risquent d’augmenter dans les années à venir. Cette étude fait l’objet d’une publication dans Nature Geoscience.

L

e méthane (CH4), qui est le deuxième gaz à effet de serre le plus important sur notre planète après le CO2, représente environ un quart du réchauffement climatique anthropique. Contrairement au CO2, dont le nombre de sources est limité et les puits bien identifiés, le CH4 a de nombreuses sources - tant naturelles qu'anthropiques - ainsi que de nombreux puits (processus de retrait). Les sources naturelles de CH4 proviennent principalement des zones humides et d'autres milieux aquatiques (marins et terrestres), tels que des rivières, des lacs et des étangs, des zones humides d'eau douce, des réservoirs, des rizières, des estuaires, des mangroves, des marais salants, des herbiers marins, des étangs d'aquaculture, des plateaux continentaux, des talus continentaux et de la haute mer. Disposer d’une estimation des émissions de ces zones est donc important. C’est à cette tâche que s’est attelé un groupe de quatorze chercheurs issus de sept pays (Australie, Belgique, Canada, Chine, Arabie Saoudite, Suisse, USA).

Alberto BORGES, Directeur de recherche au FNRS au laboratoire d’Océanographie Chimique (Unité de recherche FOCUS/ Faculté des Sciences) de l’ULiège a contribué à cette étude qui présente la synthèse la plus complète des émissions mondiales de méthane aquatique jamais produite, couvrant tous les principaux types d'écosystèmes aquatiques naturels, impactés et artificiels. « Ce rapport est le résultat de la compilation de toutes les données disponibles publiées sur les flux de CH4 provenant des types d'écosystèmes aquatiques, explique le chercheur de l’ULiège. Une compilation inédite réalisée par des spécialistes de chacun des écosystèmes étudiés, de concert et selon une méthodologie cohérente. » En outre, l'ensemble du processus a été transparent, puisque les données collectées ont été rendues publiques et que tout le traitement des données a été expliqué en détail.

Un effort particulier a été fait pour quantifier l'incertitude sur l'estimation des émissions de CH4 dans l'atmosphère. « Cette incertitude est assez importante car les émissions de CH4 vers l'atmosphère provenant des systèmes aquatiques sont très variables dans le temps sur plusieurs échelles (de quelques heures à plusieurs décennies) ainsi que dans l'espace (au sein d'un type donné de système aquatique et entre différents systèmes), reprend Alberto Borges. Cette variabilité naturelle est due à la combinaison de facteurs climatiques et du type de couverture terrestre du paysage environnant, car la production de méthane dépend de la température et de la disponibilité de la matière organique, qui sont toutes deux très variables. »

Un rapport qui conclut que les écosystèmes aquatiques contribuent entre 41 % et 53 % aux émissions mondiales totales de méthane provenant de sources anthropiques et naturelles. Il montre également que les émissions de méthane augmentent des écosystèmes aquatiques naturels vers les écosystèmes aquatiques pollués, et des écosystèmes marins vers les écosystèmes d'eau douce. Sur la base des informations disponibles, cette étude conclut également que les émissions aquatiques de CH4 augmenteront à l'avenir en raison de l'urbanisation, de l'eutrophisation et du réchauffement du climat.

Mangroves du Sundarbans

Mangroves du Sundarbans en Inde, delta des fleuves Ganges, Brahmaputra and Meghna.

Référence scientifique

Rosentreter et al., Half of global methane emissions come from highly variable aquatic ecosystem sources, Nature Geosciences, March 2021.

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Alberto BORGES

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